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Nos limites, ou no limit...?

 

Depuis une trentaine d'années, des spécialistes nous alertent sur le fait que le monde vit à crédit. En effet, nous dévorons nos ressources à un tel rythme annuel, qu'elles n'ont pas le temps de se reconstituer.

Il nous faudrait pas moins de trois planètes, si l'ensemble de la population mondiale décidait demain, de vivre comme un Américain moyen.

Réjouissons-nous (humour), car avec un ratio de 1,8 planète, nous, "petits Français", figurons dans le peloton de tête des occidentaux dispendieux. Le plus inquiétant pour les écologues, est de constater que cette date, qui tombe chaque année de plus en plus tôt dans le calendrier, ne semble pas déranger grand monde...

"Toujours plus fort, plus vite, plus haut", c'est ce "toujours plus" qui reste l'immuable devise mortifère de l'Homo sapiens, qui n'en finit pas de faire rimer croissance avec puissance pour toujours plus de jouissance. Force est malheureusement de constater que c'est l'affligeante majorité, restée sourde à toutes formes d'alerte et le pied resté coincé sur l'accélérateur de la croissance, qui nous envoie dans le mur chaque jour un peu plus vite...

 

 

Toujours plus gros...

 

Illustration de notre capacité à croître, sans nous poser la moindre question autre que celle de la rentabilité, c'est en premier sur la mer que nous pouvons la constater. Autrefois utilisés comme moyen de transport de passagers, les grands paquebots qui offraient d'associer l'utile à l'agréable, n'ont gardé à ce jour que la vocation "agréable" de l'offre.

La massification d'un tourisme bas de gamme aidant (en 1980 : 1,4 million de passagers, 27 millions en 2018 !), le secteur affiche une croissance record de 7 % par an. Il est donc logique que seulement motivé par l’appât du gain, ce juteux marché attire bon nombre d'investisseurs, puisque l'on annonce la construction irraisonnée de 114 de ces "monstres des mers" à l'horizon 2027 ! Comment ne pas en avoir peur ...

Au présent déjà, n'est-ce pas sidérant de voir des "croisières-expédition" (définies comme étant haut de gamme) organisées en Arctique, pour permettre à certains "privilégiés" d'aller constater, par eux-mêmes, la fonte des glaciers ?

Mais le pire est atteint en Méditerranée. Car comment ne pas être horrifiés, si l'on imagine ce qui se passe au large des îles Grecques... Là bas, de quasi "jet-setters" sont visiblement capables de sabrer le champagne, pendant qu'à leurs pieds naviguent de frêles embarcations bondées d'hommes, de femmes et d'enfants, qui fuient la misère et la guerre...

 

 

Les maîtres du monde veulent quitter le navire !

 

Ils sont Américains l'un et l'autre et sont à la tête d'entreprises qui nous promettent la lune (au sens propre du terme), et plus encore d'aller coloniser Mars pour anticiper les problèmes terrestres.

À situation catastrophique : réponse Ubuesque !

Et si nous n'étions pas, à juste titre, préoccupés par l'urgence climatique, l'image de cette voiture en orbite au dessus de nos têtes pourrait être séduisante, tellement elle est chargée de dédicaces poétiques. Merci monsieur David Bowie. Nous pourrions ainsi ne pas voir toute l'hégémonie (pourtant non déguisée) de ces nouveaux maîtres du monde, qui vont jusqu'à défier les pouvoir étatiques (Amazon répercutant la taxe mise en place par l'état Français), en se jouant des règles fiscales.

Dans ces conditions, poussons ces rats à partir le plus vite possible, ravis que nous serons de les voir quitter le navire ! Sans eux, nous aurons moins de risque de couler.

Sans rire, ou presque :"bon débarras" !

Et n'oubliez-pas de nous envoyer quelques cartes spatiales, nous serons ravis de vous lire !

 

 

La honte a-t-elle une couleur politique ?

 

Comme si en France, la perte avérée de la biodiversité (en 15 ans, un tiers des oiseaux a disparu) ne suffisait pas...

Comme si en France, la fonte de nos glaciers (200 m d'épaisseur perdus par la mer de glace) pouvait être considérée comme un phénomène anodin et remédiable...

Comme si en France, les deux canicules qui se sont succédé (battant tous les records de température), pouvaient apparaître comme anecdotiques...

Décidément, rien ne nous a été épargné durant ce mois de juillet dernier. Et nous avons touché le fond avec la honte ressentie devant l'accueil mitigé réservé par certains députés de droite et d'extrême droite à cette jeune Suédoise "éveilleuse de conscience". Preuve que ce sujet reste un clivage politique. Comme si en France, face à des enjeux qui visiblement les dépassent, la puérilité de certains hommes et femmes politiques, pouvait être encore ignorée...

Les masques tombent, honte à eux !

Heureusement, dans toute cette désolante chronique qui pourrait tous nous rendre, peu à peu solastalgiques, certain(e)s prennent des décisions peu populaires mais efficaces.

Comme la maire de Lille, Martine Aubry, qui en ce mois d'août vient d'instaurer le 30km/h, sauf sur les grandes avenues qui resteront à 50km/h. Rappelons que 200 villes l'ont déjà fait !

Selon elle, le réchauffement climatique ne lui laisse pas le choix. Elle estime que : "l'on ne peut pas à la fois manifester, et ne rien faire. Là, maintenant, on est au mur, on n'a plus le choix ! ".

 

 

 

Le poids et le sens des mots

 

Suite à l'explosion de nos derniers records de chaleur, on remarquera avec quel empressement l'ensemble des médias hexagonaux ont relayé deux informations cruciales. La première, est la certitude que sur le globe, personne ne sera épargné pas même les pays occidentaux. La seconde, est la mise en évidence que l'urgence est là et que c'est maintenant qu'il faut agir.

Pourtant, malgré leurs efforts notables, on pourrait reprocher aux mêmes médias d'employer certains néologismes, qui ne favorisent pas une prise de conscience massive. La sémantique recèle la vertu d'allumer l'imaginaire des consciences. Sa force doit donc être utilisée pour déclencher l'émotion plus que la raison. Il est grand temps d'employer des mots forts, si l'on veut, que les actions le soient aussi.

Saluons donc la démarche de Katharine Viner (rédactrice en chef du quotidien britannique The Guardian) qui a demandé à ses journalistes d'éviter l'emploi de mots ou d'expressions trop neutres sur le plan émotionnel, car elles ne suffisent pas à toucher assez nos émotions. Il est donc préconisé, entre autres, de substituer "changement climatique" par "crise climatique", ou de parler de la disparition de "populations de poissons", plutôt que de "stock de ressources".

 

 

Le choc des images comme stratégie

 

Si nous avons besoin de changer de vocabulaire pour obtenir une meilleure efficacité, comment ne pas évoquer la puissance des images. Propagandistes depuis toujours, elles constituent le redoutable arsenal des publicitaires, qui savent depuis des années les utiliser à la perfection.

Exposées de toutes parts aux dictas des injonctions qu'elles véhiculent, elles nous poussent, à minima, à respecter le normatif qu'elles impriment dans notre subconscient.

Savoir les décrypter, puis dans la foulée tenter de les combattre en substituant dans l'esprit d'un large public une autre narration visuelle, c'est précisément notre but premier. Susciter l'envie d'un changement de pratique, c'est à la fois le pari fou que nous prenons et le rêve qui nous fait tenir dans l'action !

 

 

Une lueur d'espoir en automne prochain !

 

À l'initiative du Président de la République et avec la participation de Cyril Dion (réalisateur et militant écologiste) qui se porte caution de l'initiative, va se tenir la première "Convention citoyenne pour le climat". Cette assemblée, faite de 150 citoyens tirés au sort, va sociologiquement constituer une "France miniature". Cette initiative, sans précédent sur le plan mondial, devrait être un formidable test en grandeur nature.

Après 6 mois de concertations, ce panel de citoyens très bien informés (des experts se déplaceront pour participer aux débats) proposera des solutions "qui seront présentées sans filtre au parlement, au référendum ou à l'application réglementaire directe" précise Cyril Dion.

Restons optimistes, car nous pouvons encore espérer voir la sixième puissance mondiale engager sa "révolution verte" et ainsi délivrer un message suffisamment fort pour que d'autres nations suivent ! Car pour rappel, si rien n'est fait, nous sommes sur une trajectoire de +5 degrés. Inutile alors de vous dire, qu'il y a peu de chance pour que votre descendance puisse un jour lire ces lignes...

Mais d'ici là, et fidèles à nous mêmes, en essayant d'utiliser la "grammaire vélo" comme une parabole, nous allons vous conter une autre histoire...

 

 

Quand le cyclisme parle de notre époque...

 

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sentent bons la pluie, le vent et le parfum de la victoire. Et s'ils partagent le fait d'être rentrés dans la légende du cyclisme grâce à deux exploits à ce jour sans précédent, la liste de leurs points communs s'arrête là...

Car pendant que le jeune prodige Colombien, était attendu sous les feux de la rampe, par des supporters en liesse, fiers de savoir que l'on allait parler de la Colombie de façon positive, la jeune femme Allemande, est rentrée chez elle dans un quasi anonymat.

Et alors que le champion s'est aligné devant une autre ligne de départ, auréolé de sa nouvelle réputation, très vite notre autre championne a dû reprendre son travail de médecin pour gagner sa vie.

 

 

Vous l'aurez compris : l'un est professionnel, et l'autre court chez les "amateurs".

Alors, sans espérer gommer le fossé qui les sépare, malgré la similitude de l'exploit surhumain accompli, rappelons-nous de l'étymologie quasi poétique du mot amateur : "qui aime".

 

 

L'incroyable exploit 

 

À 24 ans, Fiona Kolbinger devient la première femme à remporter "la Transcontinental Race", l'une des courses les plus difficiles au monde. 

Seule, en autonomie et sans assistance, après 10 jours, 2 heures et 48 minutes d'une extraordinaire course de 4000 km, elle devance les 263 autres cyclistes, dont 224 hommes...

Chapeau bas jeune Femme !

 

Vous trouverez ici un excellent portrait d'Antoine Vayer pour "Le Monde".

 

 

Le Tour, film à grand spectacle

 

De l'action, du sang, des larmes et... du suspens, sont depuis toujours les ingrédients des meilleurs scénarii  à succès. Alors, lorsque l'on place en plus l'action au coeur des très beaux paysages de l’hexagone, le film ne peut être que grandiose !

Et l'on peut dire que cette année "la grande boucle" a soulevé l’enthousiasme des spectateurs et de l'ensemble des journalistes (554 médias accrédités) qui l'ont suivie. Objectivement, saluons "les forças de la route" qui ont été pour cette édition 2019, à la hauteur du spectacle que beaucoup attendaient depuis longtemps !... mais...

 

 

La course à l'audimat

 

"Payer pour être vu", avec l'audimat comme seul mètre-étalon, est l'unique axiome financier des sociétés qui gravitent dans l'univers sportif. Avec la multiplication des écrans, la course à l'audience est devenu l'enjeu majeur, qui explique l'ensemble des dérives du sport-spectacle, devenu en quelques années le sport-business sans limite que nous connaissons aujourd'hui. Le comble sera atteint lors de la prochaine coupe du monde de football, où des multimillionnaires pousseront le ballon dans des stades climatisés ! Alors, si nous regardions plutôt ailleurs...

 

Pas moins de 8 hélicoptères, plusieurs jets, quelques 2 300 voitures suiveuses, auxquels s’additionne le "barnum" constitué par la pléthore des mécaniciens-suiveurs, masseurs-kinésithérapeutes, logisticiens et cuisiniers, que chaque équipe promène dans d'énormes cars et camions...

 

Et quand sur les ondes de France Inter, Christian Pruhdhomme (directeur de l'épreuve) a été interpellé sur l'empreinte carbone du TDF, il affirma faire de gros efforts, et concluait sa démonstration par : "dans ces cas là (sous entendu, si on nous embête de trop), on arrête tout et on ne va même plus travailler !"

Cette réponse à l'emporte pièce du "tout ou rien", est la rhétorique la plus employée contre les écologistes. La formule la plus connue étant : "on ne va pas revenir à l'âge de pierre en s'éclairant à la bougie !"

Évidemment que non ! Mais être incapable de toutes formes de remise en question ne relève t-il pas d'une inconscience qui frise la bêtise... ?!

 

Car comment ne pas s’offusquer de voir le vélo, qui devrait être le symbole du déplacement écologique, se fourvoyer à participer à une pareille débauche d'énergie ? Soyons un peu sérieux et prenons conscience que Tartuffe portant un maillot jaune, il nous faut nous tourner vers un autre style d'épreuves ! Des épreuves qui, à l'instar de "la Transcontinental Race", valorisent la sobriété, en défendant le retour aux sources des valeurs historiques du cyclisme !

Bref, n'est-il pas temps de substituer la beauté du geste, au montant du chèque !?

 

 

Vitesse et sagesse font-elles bon ménage ?

 

Si la majeure partie des philosophes grecs, en vantant les mérites de la marche préconisaient déjà, de leur temps, de mettre le corps en mouvement pour dynamiser la pensée, on peut extrapoler qu'au 21ème siècle, ils seraient tous à bicyclette, tant la pratique régulière du vélo apporte au corps, comme à l'esprit, un bien-être qui n'est plus à démontrer.

 

Hors, si ce terrain commun (le bien être) est recherché par l'ensemble des amoureux de la petite Reine, il faut reconnaître que les voies pour aboutir à ce "terrain de félicité", sont loin d'être identiques selon les pratiques de pédalage... Se mesurer à l'aune de la longue distance, en titillant ses propres limites, permet à coup sûr en prenant du plaisir (mental et physique) de mieux se connaître.

Accomplir ce voyage intérieur, à votre propre rythme ou bien à 22,5 km/h (vitesse moyenne pour valider les brevets cyclo), vous aidera, vous pouvez nous croire, à apprécier la "toute puissance" de l'être humain dans tout ce qu'elle a de relatif...

 

Et sans trop vouloir de nouveau jeter la pierre aux "fondus de vitesse" (mille excuses Guillaume Martin !) que nous laissons libre de "se sortir les tripes" (certains dans l'équipe BPF sont passés par là...), ne serait-il pas judicieux, aujourd'hui, à l'heure où des remises en question s'imposent, où l'on attend de l'humanité qu'elle soit plus coopérative que compétitive, d'envisager la question philosophique du "dépassement de soi" autrement que lié au plaisir narcissique de dépasser l'autre ? Et dans notre société d'instantanéité où le culte de la vitesse du "tout et tout de suite" conditionne nos envies d'accélérer encore davantage, ne serait t'il pas temps d'affirmer qu'une autre voie est possible ? Osons prendre de nous mêmes, le contre-pied de cette tendance, en décidant dès maintenant d'actionner nos manettes de frein, bien avant que la catastrophe ne nous l'impose !

 

Pour amorcer cette réflexion, ce n'est pas le texte d'Alain (propos sur la vitesse) que nous vous proposons, mais celui moins connu de Jean Christophe Bailly. Dans "Ralentir", le poète philosophe dépasse le simple cadre du rapport au temps évoqué par Alain, pour placer l'injonction qu'il sous-tend sur le plan d'une certaine "humblitude" (pardon pour ce néologisme), que l'humanité ferait bien d'adopter, s'il elle veut espérer survivre...

 

D'après le texte "Ralentir" du philosophe Jean-Christophe Bailly

 

"Que puis je encore vous dire sinon que nous devons et pouvons inventer de nouvelles surfaces de jeux et ouvrir avec elles, seuil après seuil, l'espace d'une traversée mémorable et transmissible. De telles traversées ne sont possibles que si on abandonne les vertiges, les panoplies et les arrogances de la grandeur, de la maîtrise et de la performance. Que si l'on accepte au contraire, ce qui est bien plus exigeant et plus difficile, de se considérer comme des sortes d'apprentis, être et demeurer l'apprenti de son métier, de son art ou de son mode d'existence, cela aura été le leitmotiv de tous ceux qui ont parié sur la recherche et se sont détournés de l'exploitation des acquis. C'est à ce prix que ce que les philosophes et les poètes ont appelé l'ouvert, peut être retrouvé, maintenu et propagé. L'ouvert, certainement pas un substantif avec une majuscule, certainement pas un domaine réservé mais ce qui s'ouvre, ce qui s'ouvre sans fin, devant nous comme en nous, aussitôt que nous nous accordons au temps de sa venue."

Jean-Christophe Bailly

 

Vélocipédiquement vôtre,

 

L'équipe BPF

 

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